j’ai enfin regardé “jersey shore”, la nouvelle télé-réalité produite par MTV. je ne sais pas trop comment c’est en france, mais ici au canada comme on a accès aux chaînes câblées américaines, on nous rebat les oreilles avec ce truc depuis quelques semaines. c’est un sketch de SNL qui m’a décidée, ça avait l’air trop con pour être vrai.
le pitch : une espèce de loft story dans une maison en bord de mer, dans le new jersey. huit participants, mais oubliez la biodiversité genre on va prendre une blonde siliconée, un loser, un jean-claude van damme like, une beauf, un noir et une rebeu ; dans jersey shore les huit participants sont d’origine italienne, et ils viennent tous de l’état de new york ou du new jersey. ils se donnent des surnoms, comme nicole “snookie” ou mike “the situation”. oui, c’est même ses abdos que le type appelle “the situation”, et il lui arrive aussi de parler de lui à la troisième personne.
les filles ont des gros seins fake, sont surbronzées, sortent toujours à moitié à poil, et certaines ont les cheveux bicolores genre christina aguilera époque “dirty”. ils sont évidemment tous cons comme leurs pieds, quoique leurs pieds ne doivent pas être si bêtes puisqu’ils réussissent à les ramener chez eux tous les soirs après qu’ils se soient mis des grosses murges. parce qu’à vrai dire il n’y a pas grand chose à foutre sur le jersey shore, c’est surtout fréquenté par les touristes qui font la queue pour des corn-dogs pendant que leurs gamins se fichent la frousse dans les montagnes russes. et pendant ce temps-là, on peut être sûr que “the situation” et ses potes, cheveux ultragominés, gourmette en or sur chemise ouverte, sont en train de pécho de l’autochtone. ‘hot chicks with douchebags’ IRL.
le pire c’est qu’ils arrivent à chaque fois à lever des meufs. surtout mike, dont on se demande pourtant si la mère n’aurait pas bu pendant sa grossesse. tout ça se termine évidemment en double-date dans le jacuzzi à se rouler des pelles, mais au moment où tout le monde se pelote sous les draps dans la même chambre, il y a toujours une des filles pour dire à l’autre qu’il faut qu’elle rentre, sinon sa mère va s’inquiéter. et comme elles sont venues ensemble, elles repartent ensemble. gros one-shot fails récurrents pour ronnie et mike donc, qu’il faudrait d’ailleurs renommer “blue balls”.
il y a aussi jenni “j-woww”, qui a un mec mais qui joue à frotte-woman tous les soirs dans les clubs en minirobe turquoise. et le lendemain c’est drama obligatoire au téléphone, parce que son boyfriend a des potes un peu partout qui lui racontent les exploits nocturnes de sa meuf. il lui raccroche au nez trois fois par jour, après qu’elle lui ait dit “si tu ne me crois pas, t’as qu’à raccrocher” “si t’as pas confiance t’as qu’à raccrocher” et puis elle le rappelle, “bébé c’est moi raccroche pas, j’veux juste te dire que ton pote raconte de la merde, s’il m’avait vraiment vue frotter mes fesses contre le pubis d’un mec, t’as qu’à lui demander quelle chanson passait à ce moment-là”.
nicole “snookie” c’est l’attention whore dans sa splendeur. elle le sait, et elle en est fière. elle aussi sort à moitié déshabillée, et fait des roues et des flips sur le dancefloor, pieds nus, la robe au-dessus de la tête, exhibant son string rose fushia et tout ce qu’il est censé cacher à la foule de vingtenaires imbibés, libidineux mais néanmoins choqués. en fait snookie c’est un peu l’anglaise ultrabourrée de base qu’on croise à minuit à un arrêt de bus de picadilly et qui vomit sur ses chaussures alors qu’un mec qu’elle ne connaît pas la tripote. bon, sauf que snookie, comme tous ses colocataires, est italienne.
pour décrire leur look et leur style de vie, ils utilisent le mot “guido” (ou son féminin, “guidette”), qui est à l’origine un terme péjoratif, le surnom donné aux kéké(e)s d’origine italienne qui habitent dans les états de new york ou du new jersey, qui passent leur temps à faire la fête, boire, et coucher, et qui se sappent bling-bling et vulgaire. voilà, ils se traitent eux-même de kékés, mais pour eux ce mot n’a rien de péjoratif, c’est même devenu affectueux.
mais les assoces italos-américaines sont en colère, ne veulent pas entendre ce terme à la télévision, et en ont marre que les italiens passent pour “des mafiosi, des bouffons ou des bimbos”. (ils avaient aussi gueulé à propos de la série “les soprano” à l’époque.) l’office du tourisme du new jersey aussi tire la tronche, ils en ont marre qu’on se moque d’eux (les habitants de la ville de new-york notamment, géographiquement très proches du new jersey, ont toujours méprisé cet état) et qu’MTV enfonce le clou en montrant une région où la jeunesse s’emmerde, boit comme des trous, nique comme des lapins, et où les seules activités proposées sont les manèges, la plage, et les boîtes.
malgré de nombreux appels au boycott, pétitions, et menaces de procès, je doute qu’MTV lâche “jersey shore”, dont l’audience a doublé depuis la diffusion du premier épisode le 4 décembre.
tant mieux, c’est pathétique et jouissif à la fois, la recette parfaite pour une bonne real TV.
[désolée pour les fautes, il est tard, je me relirai demain]
